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Article · 10 août 2026

Méthode des comparables boursiers : pourquoi votre valorisation dépend d'abord de votre EBITDA


La méthode des comparables boursiers, ou trading comps, est l'une des méthodes de valorisation les plus utilisées en fusion-acquisition. Le principe est simple : des entreprises comparables devraient se valoriser à des niveaux comparables. On sélectionne un échantillon de sociétés cotées proches de la cible, on calcule leurs multiples, on les applique aux agrégats financiers de la cible.

Ce que la plupart des présentations de la méthode oublient de dire, c'est que cette dernière étape — appliquer un multiple à un agrégat — est aussi la plus fragile. Un multiple correctement sélectionné appliqué à un EBITDA mal calculé donne une valorisation fausse, parfois de plusieurs millions d'euros d'écart. C'est précisément le travail que les équipes de Transaction Services font en amont de toute valorisation : s'assurer que l'agrégat auquel on applique le multiple reflète la performance réelle et récurrente de l'entreprise.

Le principe de la méthode des comparables boursiers

L'analyse consiste à identifier un échantillon de sociétés cotées présentant des caractéristiques économiques proches de la cible, à calculer leurs multiples de valorisation, puis à appliquer ces multiples aux agrégats financiers de la cible pour estimer sa valeur d'entreprise ou la valeur de ses capitaux propres. En pratique, la méthode répond à une question simple : à quel niveau le marché valorise-t-il aujourd'hui des entreprises similaires à la cible ?

Sélectionner les bons comparables

Deux entreprises du même secteur ne sont pas nécessairement comparables. La sélection s'appuie sur plusieurs critères : la nature de l'activité et le modèle économique, les marchés et zones géographiques adressés, la taille, le niveau de croissance, la rentabilité, le profil de risque et l'intensité capitalistique. L'analyse part généralement d'un échantillon large, resserré ensuite autour des sociétés les plus proches de la cible — les concurrents directs cotés constituent souvent le meilleur point de départ.

Les multiples

Deux familles de multiples coexistent, selon ce qui figure au numérateur. Les multiples de valeur d'entreprise (EV/EBITDA, EV/EBIT, EV/Chiffre d'affaires) rapportent l’EV à un agrégat qui rémunère à la fois la dette et les capitaux propres. Les multiples de capitaux propres (P/E) rapportent la valeur des actions à un agrégat qui ne revient qu'aux actionnaires, comme le résultat net.

L’EV/EBITDA reste la référence : indépendant de la structure de financement, de la fiscalité et des écarts de politique d'amortissement entre sociétés. L’EV/EBIT perd cet avantage sur l'amortissement mais reste utile pour les entreprises à capex élevé par exemple. L’EV/Chiffre d'affaires sert surtout de test de cohérence — utile pour valoriser une société qui croît vite mais n'est pas encore rentable par exemple.

Le P/E, lui, reste dépendant de l'endettement et de la fiscalité : deux sociétés à la rentabilité opérationnelle identique peuvent afficher des P/E très différents selon leur niveau de levier.

D'autres secteurs utilisent des multiples spécifiques — on y consacre un article séparé.

Les cinq étapes de la méthode

La première étape consiste à sélectionner l'échantillon de comparables selon les critères décrits plus haut. La deuxième consiste à collecter les données nécessaires au calcul des multiples : capitalisation boursière, dette financière, trésorerie, chiffre d'affaires, EBITDA, EBIT et résultat net, généralement à partir des rapports annuels, communiqués de résultats et estimations de consensus.

La troisième étape calcule les multiples de chaque comparable de l’échantillon.

La quatrième étape compare les sociétés entre elles — taille, croissance, rentabilité, endettement, perspectives — pour positionner la cible dans l'échantillon. Une société plus rentable et à plus forte croissance que la médiane peut justifier un multiple supérieur à cette médiane.

La cinquième étape détermine la fourchette de valorisation à partir de la médiane, de la moyenne et des quartiles de multiples observés sur l'échantillon.

Toutefois, un multiple pertinent ne compense pas un EBITDA mal ajusté

Un multiple EV/EBITDA de 7,0x à 8,0x appliqué à un EBITDA de 10 m€ donne une valeur d'entreprise de 70 à 80 m€. Ce calcul est trivial. Ce qui ne l'est pas, c'est de déterminer si ces 10 m€ d'EBITDA reflètent réellement la performance récurrente de l'entreprise. D’où la nécessité de calculer un EBIDTA ajusté. Nous présentons en détail les différentes catégories d’ajustements d’EBITDA dans le volume 1 notre série The Deal Way.

Quel impact sur la valorisation ?

Une différence de 1 à 2 m€ sur l'EBITDA ajusté, à un multiple de 7,0x, se traduit par un écart de valeur d'entreprise de 7 à 14 m€.

La fiabilité de la valorisation dépend donc à la fois de la pertinence du multiple, de la qualité de l'EBITDA ajusté et de l'analyse de la dette nette.

Avantages et limites de la méthode

La méthode des comparables boursiers a l'avantage d'être fondée sur des données de marché observables, reflétant les conditions et les attentes des investisseurs à un instant donné. Elle reste cependant limitée par nature : aucune société n'est parfaitement comparable à une autre, les différences de croissance, de rentabilité et de politique comptable affectent les multiples observés, et les niveaux de marché peuvent eux-mêmes être déformés par des phases d'optimisme ou de pessimisme excessif.

La qualité de l'analyse dépend donc de deux choses à parts égales : la pertinence de l'échantillon de comparables, et la rigueur du retraitement de l'EBITDA auquel on applique le multiple. En pratique, ses résultats sont généralement confrontés à ceux d'autres méthodes, notamment le DCF et l'analyse des transactions comparables.